Veille | (DÉ)FORMATIONS https://deformations.la27eregion.fr Un site utilisant Réseau La 27e région Mon, 14 Mar 2022 16:38:05 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.4.8 https://deformations.la27eregion.fr/wp-content/uploads/sites/16/2020/06/cropped-Icone_site_512x512px-32x32.png Veille | (DÉ)FORMATIONS https://deformations.la27eregion.fr 32 32 Zoom sur l’offre : le point de vue des formateurs et formatrices https://deformations.la27eregion.fr/zoom-sur-loffre-le-point-de-vue-des-formateurs-et-formatrices/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=zoom-sur-loffre-le-point-de-vue-des-formateurs-et-formatrices Tue, 23 Mar 2021 10:18:32 +0000 http://deformations.la27eregion.fr/?p=414 Suite à une première phase d’enquête sur les attendus et besoins de formation d’élues/élus périurbains et ruraux, nous sommes allés voir et questionner du côté des acteurs qui constituent l’offre de ce secteur : organismes de formation, réseaux formels et informels, partis politiques, etc. L’objectif était pour nous de mieux appréhender le paysage de la formation des élus liée aux sujets de transition, et de tester nos premiers enseignements et intuitions.

Cette enquête nous a permis de rencontrer des organisations très diverses, à l’image de l’offre de formation existante : organismes privés, structures publiques et parapubliques (ANCT, Sciences Po, CAUE, ALECOE, CERD), réseau de projets européens (URBACT), partis politiques, réseaux de villes et d’élus (AMIF) ou acteurs plus hybrides (La Fabrique des Transitions). Nous les avons interrogés sur leurs pratiques de formation des élues/élus et leurs retours d’expériences : méthodes et pratiques, formats, temporalités, profils venant vers eux et leurs demandes …


Premier constat : beaucoup d’offres et des contenus très divers

Nous avons pour commencer, en termes de contenus de formation adressés aux élus, repéré trois grands types de propositions, qui traitent directement ou indirectement de questions de transitions :
–  Celles proposant un repérage sur les fondamentaux d’un mandat local ‘spécial élues/élus débutants’ pour naviguer les premiers temps de celui-ci : mode d’emploi de la collectivité (être élu d’arrondissement dans une grande métropole n’est pas pareil que l’être dans une petite ville), savoir se positionner comme élu (décrypter la spécificité de son rôle afin de gagner du temps, etc.),
–  Celles proposant un apport en savoirs techniques sur des sujets précis liés aux transitions : développer les énergies renouvelables, améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, développer une alimentation bio et locale, les mobilités douces, etc.,
–  Celles proposant plutôt des apports de types “soft skills” ou méthodologiques sur les manières d’exercer leur rôle en lien avec des sujets de transition (gestion de conflit, management et modes de coopération, etc.).

L’ensemble des attentes existent nous dit-on ; les besoins évoluent au fil du mandat et suivant le contexte d’exercice ; les élues/élus sont dans une grande diversité de situations y compris dans un même groupe (arrière plan inégaux sur la transition, parcours de militance diverses, expérience de mandat mais aussi diversité des contextes territoriaux et des collectivités dans lesquelles s’exerce le mandat …). ​Ces premiers constats soulignent la nécessité d’adapter les parcours à la demande et aux territoires, d’imaginer des formes d’auto-diagnostic permettant de définir le besoin au préalable, mais aussi de penser la formation comme un parcours (pourquoi pas collectif).


Des thèmes émergents qui soulignent l’évolution des profils d’élues/élus

L’enquête a en outre permis d’identifier des thèmes émergents, qui dessinent en filigrane l’évolution du profil des élues/élus ou des enjeux auxquels ils.elles doivent faire face,​ par exemple :
–  Comprendre les codes du pouvoir, renvoyant au nombre croissant d’élues/élus locaux ‘hors partis’ et plus novices en politique ;
–  Ethique et courage en politique (adressé en filigrane, mais identifié comme un sujet en soi), pointant à la fois les responsabilités croissantes auxquelles les élues/élus doivent faire face et l’amenuisement de la ‘discipline de parti’ dans les choix qui sont faits ;
–  Être femme en politique (avec des contenus comme : se préserver en politique, développer son assertivité, construire sa légitimité et son influence, etc.), soulignant la féminisation de ce rôle et l’attente des élues/élus de sortir des délégations qui leur sont souvent assignées (petite enfance, culture, espaces verts, etc.)
–  Développer l’égalité homme-femmes au sein de la collectivité ou dans l’espace public, prévenir les violences sexistes renvoyant à l’essor de ce sujet dans toutes les sphères de la vie publique ; – etc.

Difficile, finalement, de naviguer sans se perdre dans cette offre de formation très diverse​ : peut être aurait on besoin d’une grille de lecture sur la qualité de l’offre de formation, d’une boussole pour s’orienter, d’un ‘super conseiller’ pour identifier ce qui est en adéquation avec ses besoins ou ceux de sa collectivité, se construire son propre parcours…


Des formats de contenus à ré-inventer

En termes de formats de contenus disponibles, nous avons pu dresser un panorama qui déborde les traditionnelles sessions de formation en présence ou par visio conférence, en intra (pour un groupe constitué au sein d’une même collectivité) ou en inter-collectivité : modules de formation en ligne comme le ​MOOC « Mon village, ma ville en Transitions »​ du Centre ressource du développement durable (cerdd), boîtes à outils comme celle du ​réseau européen URBACT qui offre par exemple des outils de cartographie des parties prenantes ou de conduite collective du changement. Au-delà, nos interlocuteurs nous ont rappelé que les élues/élus se forment également beaucoup de manière informelle, à l’écoute d’intellectuels contemporains (JM Jancovici, B Latour, etc.), au travers de documentaires (Why we cycle, Demain, etc.).

Ceci montre notamment ​un besoin de sortir de l’académisme de la formation en tant que contenus, de formats, de s’écarter des archétypes et des approches trop ciblées pour aller vers des formations plus transversales, avec des chevauchements de sujets, davantage adaptées aux questions qu’ils rencontrent au quotidien. Il y a certainement également, au-delà de la création de nouveaux contenus, un intérêt à penser la navigation, voire la mise en musique de l’existant.


Second constat : la nécessité d’adresser la formation des élues/élus comme secteur économique et professionnel.


Quels modèles économiques pour la formation à destination des élues/élus de petites communes ?

Ces entretiens nous ont permis d’aborder​ ​la formation comme secteur d’activité dans sa dimension économique et ses logiques de marché.
Du côté de la dimension économique de la formation, les modèles actuels demeurent difficilement mobilisables pour les élues/élus de petites communes​ (outre le manque d’information sur leur droit à la formation) : les formations demeurent coûteuses (même si des adaptations tarifaires indexées sur le nombre d’habitants existent), la réforme de la formation des élus risque de diminuer encore le nombre d’heures disponibles et les crédits disponibles sont aujourd’hui principalement dépensés par les élus de métropoles ou de grandes collectivités. Ceci risque à long terme d’accentuer les écarts entre les élues/élus (les plus novices dans la position d’élus d’une part, les moins sensibilisés aux questions de transition d’autre part) et entre les territoires (retards dans la mise en place des politiques de transitions). Parmi les autres freins cités, la complexité administrative du Droit Individuel à la Formation pour les élus, si bien que ce sont souvent les organismes de formation eux-mêmes qui montent les dossiers. Par ailleurs, des initiatives de plus en plus nombreuses produisant de la montée en compétence des élues/élus se déroulent également hors des cadres de formation (réseaux d’échanges, etc.), invitant à réfléchir à l’hybridation des formats, et des modèles économiques, en associant par exemple un temps de formation à une journée de rencontre organisée et financée par un acteur local ou institutionnel.

Pour répondre à ce constat, pourrait-on imaginer de formes de mutualisation des financements ou de l’ingénierie, une vision plus collective des stratégies de formation d’élues/élus sur un territoire, etc. ? ​L’intercommunalité, aujourd’hui peu active, peu prescriptrice, pourrait être un acteur à mobiliser par exemple, comme endroit de mutualisation, d’impulsion.


Quid de communs pour le secteur ?

Nous avons également pu constater la diversité des acteurs de l’offre :​ entre acteurs privés, publics ou parapublics ; larges consortiums (ANCT / SciencesPo / Banque des territoires) et petits acteurs (Cap Nova, MonMandatLocal, etc.) ; organismes spécialisés dans la formation (CEDIS) ou l’intégrant dans des propositions d’appui bien plus larges (CERD, Ademe), voire n’offrant qu’une dimension de formation informelle ou de sensibilisation/ accompagnement d’élus (Conseil départemental) ; acteurs à dimension fortement militante (partis politiques, mais également EluesLocales, qui promeut la place des femmes en politique) ou revendiquant une approche plus technique ou non partisane (Institut Paris Région).

Dans ce paysage qui demeure concurrentiel, nous avons observé la difficulté d’évaluation des impacts des formations​ (atterrissage, droits de suite, etc.)​, l’absence d’espace de R&D partagée, de dynamique de co-développement ou de mutualisation des enseignements du côté des formateurs​, qui pourraient venir renforcer la qualité de l’offre, mettre en système et clarifier les propositions pour mieux appuyer les élues/élus. Que seraient les communs du secteur ? Quels nouveaux modèles pourrions nous envisager pour créer ces logiques de partage et de coopération qui permettent de sortir des logiques concurrentielles ?


La formation, un autre espace de militance, des communautés à animer ?

En termes de diffusion et de marketing de l’offre, les plaquettes de com’ sont visiblement moins efficaces que la logique du “bouche à oreille” : ​la confiance joue un rôle primordial, des élues/élus​ ambassadeurs ou prescripteurs peuvent conseiller, donner des repères aux élus en quête d’une formation, ils sont une sorte de boussole. Faire preuve de concept est aussi un élément déclencheur: plutôt que de s’engager directement dans un cycle, si la formation commence par une première journée réussie, alors d’autres modules de formations peuvent s’enclencher.

L’intérêt de la dynamique de réseau, de la dimension militante de la formation, du sentiment de pairs revient également comme vecteur d’engagement. Ces “formations communauté” (partageant une même appartenance à un courant politique, ou destinées à une même catégories d’élu.e.s, par exemple) permettent de cibler plus précisément les problématiques de leurs publics et créent un climat de confiance où exprimer plus librement doutes et difficultés. Elles mobilisent également une implication plus forte dans les à-côtés de la formation : partage de conseils et d’expérience sur des réseaux sociaux dédiés ou des temps formels ou informels, contribution à des démarches de lobbying, etc.

Les formations/dispositifs qui s’ancrent dans un périmètre donné (Conseil départemental, ALECOE …) ont aussi la cote. Elles contribuent à montrer et expliquer ce qui fonctionne sur les territoires voisins et à renforcer des réseaux locaux. Enfin, les formations plus techniques et ciblées sur un objet clairement délimité/opérationnel sont également très plébiscitées par les élues/élus.


Troisième constat : besoin de co-construction, de changement des représentations, pair à pair … Des confirmations qui mettent de l’eau au moulin (Dé)formations

Du point de vue des pré-requis, on retrouve le besoin de co-construire l’offre, de créer une dynamique collective / contributive dans le cadre de la formation (à outiller). Comment s’assurer que les demandes correspondent à leurs besoins réels, aider à re-poser le problème, à le re-questionner à nouveau pour leur permettre d’exprimer des demandes plus sous-jacentes ou complémentaires ?

Autre pré-requis : changer les représentations des élues/élus sur la formation​ : travailler un vocabulaire qui ne clive pas, faire retomber la pression qui l’accompagne et faire preuve d’humilité sur le fait de se former. Être élu ne veut pas dire qu’on sait tout, d’où l’importance de dépressuriser les situations de chacun et de faire sortir les élus de leurs représentations sur la formation. ​“Réussir des politiques publiques comme celle de la transition est d’une grande complexité et aucun d’élu n’y parviendra sans se former, mais aussi sans tâtonner, sans essai/erreur”.​ La formation est un droit à mieux s’outiller pour la suite du mandat plutôt qu’un aveu de carence.

Du point de vue des formats, le pair à pair est retenu comme une attente et une nécessité.​ Il semble cependant encore peu outillé dans les formations existantes (quels formats sont les mieux adaptés et les plus porteurs en fonction de quel objectif – inspiration, renforcement, expérimentation distribuée, etc.) et mal défini (qui est le pair de qui : élues/élus qui se connaissent ou au contraire pas du tout ; communes de même taille ou bien de différentes échelles sur un même territoire, élus entre eux ou avec leur administration, etc. ? ). Quels seraient les ingrédients pour un pair à pair réussi ?

Du point de vue de la temporalité, sans surprise, le manque de temps se confirme et les élus n’ont pas de temps à perdre,​ mais aussi en conséquence l’intérêt des formats cycliques, de sessions courtes et régulières : quid des modalités pour enclencher l’adhésion d’un cycle à l’autre, ou au contraire permettre la participation seulement à qq moments du cycle, tout en tenant un fil rouge de l’ensemble – documentation, animation de communauté, etc.?).

Cette série d’entretiens nous donne envie d’imaginer les tests que nous mènerons avec (Dé)formations dans une perspective plus distribuée : nous aimerions impliquer, au-delà des partenaires du projet, des acteurs de cet écosystème de la formation des élues/élus afin des tester, ensemble de nouvelles modalités et scénarios de formations sur les questions de transitions. Si vous êtes intéressés à y réfléchir avec nous, n’hésitez pas à nous contacter !

 

Autrice.s :
Sylvine Bois-Choussy,​ cheffe de projet à La 27e Région
Emeline Lavocat​, designer à La 27e Région

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Retour d’enquête #1 : la formation des élus, de leur point de vue https://deformations.la27eregion.fr/retour-denquete1-la-formation-des-elus-de-leur-point-de-vue/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=retour-denquete1-la-formation-des-elus-de-leur-point-de-vue Tue, 02 Mar 2021 10:55:42 +0000 http://deformations.la27eregion.fr/?p=399 Dans les précédents billets nous vous racontions comment s’était déroulé notre immersion et notre « enquête par la maquette »  auprès de (vrais) élus. Ces entretiens se sont déroulés mi-décembre et se sont poursuivis tout au long du mois de janvier. Une restitution a été présentée le 25 janvier aux élus interrogés et à l’ALEC Ouest Essonne. En parallèle nous avons lancé le premier « groupe miroir » qui s’est tenu le 27 janvier et qui rassemblera régulièrement des personnes ressources partageant de près ou de loin nos questionnements sur la formation des élus à la transition. 


Nos constats « à tiède »

Après une première synthèse « à chaud », nous avons laissé reposer un peu cette matière et en avons tiré une quinzaine d’enseignements et constats, que nous vous présentons en substance ci-dessous (un texte plus étoffé est consultable sous ce lien, ainsi que la présentation proposée lors des différents temps de restitution)

1. Le premier constat, partagé par les élus dans leur grande majorité est celui d’un temps très limité à consacrer à la formation.

2. La temporalité du mandat semble également une donnée essentielle, et les besoins ne seront pas les mêmes en début ou en fin de mandat.

3. Les besoins sont d’une grande diversité selon le profil des élus, la maturité politique, les compétences professionnelles, la taille de la commune et bien sûr la délégation. Le genre peut également être déterminant. Bref une typologie est à bâtir pour être en capacité d’adresser des formations adaptées à chacun des profils.

4. La formation est rarement pensée comme stratégique pour accompagner les élus, à se demander même si le mot formation n’est pas un obstacle. En tout cas, il y a des préalables à la formation et il est important que l’exécutif, et le Maire en premier lieu, reconnaissent l’importance pour les élus de se former.

5. Les élus évoquent également une offre de formation à la fois foisonnante et trop spécifique ou ne répondant pas à leurs besoins concrets. On perçoit aussi un sentiment d’urgence certainement accentué par l’urgence climatique et l’image que leur renvoient les citoyens, celle d’une action publique trop lente.

6. Créer une dynamique collective, bâtir une culture commune est une attente formulée de manière assez unanime. Cependant, le « collectif « renvoie à diverses définition : la majorité, la majorité et l’opposition, la majorité et les employés municipaux, des binômes élus-agents, des élus et des habitants…

7. Autre question, celle du bon périmètre de ce collectif : il semblerait que l’échelle de la dynamique collective, de l’action, de l’efficacité, du projet commun soit plutôt l’échelle locale. Un constat, presqu’unanime, est le besoin d’échanger entre élus du territoire, de construire ses réseaux, de faire des visites dans les territoires proches et avec ses pairs élus.

8. La nécessité d’embarquer les moins convaincus est largement partagée : ne plus passer pour un «casse pieds» auprès de l’élu aux finances quand on parle d’écologie !

9. La plupart des élus expriment une attente de formations opérationnelles, en prises avec le concret : ils soulignent à la fois une attente de contenus opérationnels mais aussi de réflexivité par rapport à leurs propres projets, leurs propres pratiques.

10. Les élus souhaitent prendre du recul et s’inspirer, mais sont réticents à aller trop loin. Au sens géographique, mais aussi sans y consacrer trop de temps. La nécessité de formations frugales, courtes, économes des deniers publics, permettant de passer rapidement à l’action est largement partagée. Mais l’envie d’aller voir ce qui marche ailleurs est néanmoins présente.

11. Certains considèrent la transition comme étant indissociable d’une démocratie renouvelée qui nécessite de nouvelles collaborations entre acteurs et une implication des citoyens. Plusieurs font d’ores et déjà état d’initiatives intéressantes, d’autres tâtonnent, s’interrogent et souhaitent des outils, des exemples pour s’appuyer sur la plus-value citoyenne. Il est aussi question de contribuer à redonner confiance dans l’action publique.

12. Les échanges informels, les temps en marge de la formation (le trajet, le déjeuner, la pause-café) ou les conversations « off » avec d’autres élus sont plébiscités. D’où l’importance de maintenir des séquences de formation en présentiel.

13. « Le job d’un élu, c’est de travailler avec ses services ». Une majorité d’élus s’appuie fortement sur les services techniques de leur commune pour la continuité de l’action publique. Certains élus sont par exemple intéressés par l’idée d’être formés avec leurs services sur les mêmes sujets, pour partager une culture commune, mais pas nécessairement ensemble.

14. Face à la nécessité de mobiliser l’ensemble des parties prenantes – élus, services techniques, habitants, société civile… – sur le sujet complexe, transversal et exigeant des transitions, les élus sont souvent démunis. Former à “gérer” le conflit pour aller vers des solutions partagées, travailler à une typologie des conflits, proposer des outils de simulation, sont des pistes pour la suite de la démarche.

15. Des formations aux transitions transversales et/ou ciblées ? Pour les élus le terme “transitions” recouvre des réalités très diverses et des thèmes larges : énergie, biodiversité, mobilité durable, économie d’espace, alimentation… Former aux transitions, c’est à la fois former à des questions techniques, opérationnelles, organisationnelles mais aussi à la transversalité inhérente à la démarche. C’est aussi, pour certains, ne pas oublier des sujets importants mais peu abordés, comme la dimension sociale de la transition.


Les retours du premier « groupe miroir »

Nous avons avons imaginé, pour faire vivre le projet au-delà de ses partenaires directs, un groupe miroir dont l’objectif est d’embarquer des personnes ressources dans notre travail collectif, et de partager avec eux nos avancées, et en retour de nous enrichir leurs expériences et de nous aider à « dézoomer ». Il est amené à se réunir régulièrement tout au long du programme Dé-formation. Le premier temps de ce groupe de travail a rassemblé environ 25 personnes elles-même élues ou impliquées dans la formation ou l’accompagnement aux élus, partout en France : organismes institutionnels ou associatifs engagés dans la formation des élus à la transition, comme l’Ademe, le Cerema, l’ANCT, l’Ihedate, ou collectivités locales ayant mis en place des dispositifs spécifiques pour leurs élus.

L’après-midi a débuté par un temps de présentation de notre démarche et des premiers enseignements tirés de l’ « enquête par la maquette » puis s’est poursuivi par un temps d’échange en petits groupes de quatre à cinq personnes ciblé sur les thématiques du contenu des formations et des formats pratiqués par les personnes ressources. Les participants ont globalement confirmé nos enseignements, une démarche similaire a même été menée. Les échanges en petits groupes, très riches, nous ont également ouvert d’autres pistes ou permis de préciser certains points :

Que ce soit en amont pour guider un choix, au cours de la formation pour ajuster un contenu, adapter le programme ou dans la façon d’aborder le contenu, il semble important de partir des projets des élus, voire d’accompagner leurs projets.

Les participants font remonter des besoins différents quant aux sujets de la formation : Certains souhaitent s’outiller en méthodologie, en montage de projet, en financement, pour optimiser le peu de temps dont ils disposent, notamment dans les communes dotées de peu d’ingénierie. D’autres, déjà convaincus, cherchent comment s’adresser à la population, comment communiquer sur les actions mises en place par la commune et la sensibiliser à ses démarches. Quelques sujets techniques ont été énoncés : plan vélo, RE 2020, qualité de l’air intérieur,  transition énergétique, la biodiversité, la prévention des risques et changement climatique, le foncier.


Trois objectifs / moyens semblent se distinguer :


Acquérir des compétences, des savoirs et savoirs faire
, pour gagner en confiance (sans pour autant endosser le rôle de super héros) ; Se forger une culture commune, créer des représentations communes au sein d’un groupe d’élus, avec les techniciens, pour donner du sens au collectif, assurer la cohésion et permettre la prise de décisions ; Rejoindre une communauté d’acteurs, échanger librement entre élus mais aussi avec les techniciens. La communauté peut être liée à un territoire ou à un sujet spécifique, suivant le mode d’animation de la formation. La formation doit permettre de créer de véritables espaces de dialogue entre élus. Elle peut proposer des temps d’échange variables intégrant des publics différents.


Réussir le temps partagé

Le temps collectif semble essentiel. Pour autant quelque chose doit prendre entre les personnes présentes, la cohésion dans le groupe est un facteur important de réussite. Pour cela il faut que tous les participants soient à l’aise le plus rapidement possible. Par exemple, mettre en place des temps très interactifs, qui permettent de sortir de sa posture habituelle, que chacun soit sur un pied d’égalité. Les participants au groupe miroir évoquent des jeux de rôle, les temps de visite de site, comme de bons moyens de créer cette « bulle » autour de la « promo ».


Le format de la formation doit pouvoir intégrer ces différents aspects.

Il semble devoir être : séquencé pour ne pas immobiliser les personne plus d’1/2 journée à la fois ;  répété, régulier, cyclique pour se laisser le temps d’aborder plusieurs thématiques ; combinant distanciel et présentiel, chacun permettant des choses que l’autre n’apporte pas (d’un côté faire à son rythme, gagner du temps, acquérir des bases, de l’autre être ensemble et sur le terrain, créer une bulle collective, échanger et s’informer) ; modulable, selon la définition initiale de la demande et le groupe de participants, selon l’intérêt porté par chacun à certains ou à tous les modules.

Il ne s’agit donc vraisemblablement pas pour nous uniquement d’endosser le rôle de formateur, mais aussi celui d’animateur de communauté et de facilitateur de projet. Ou de nous inscrire dans des réseaux nous permettant de compléter et d’articuler ces trois positions.


La suite

Ces prochaines semaines, nous préparerons de premiers idées et scénarios de formation à tester, sous la forme de « briques » à assembler. Nous vous en dirons plus dans les prochains billets !

 


Autrice.s :

Aliénor HEIL SELIMANOVSKI, ​Architecte Urbaniste, Chargée d’études économie de l’aménagement, Département Urbanisme Aménagement Territoire à l’Institut Paris-Région
Brigitte GUIGOU, ​Chargée de mission formation et partenariat recherche, Direction Générale à l’Institut Paris-Région

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Enquête à la rencontre des (vrais) élus : les enseignements … https://deformations.la27eregion.fr/enquete-a-la-rencontre-des-vrais-elus-billet-2-les-enseignements/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=enquete-a-la-rencontre-des-vrais-elus-billet-2-les-enseignements Wed, 16 Dec 2020 16:43:16 +0000 http://deformations.la27eregion.fr/?p=351 Les élus en charge des questions de transition ont besoin “d’embarquer” avec eux tous les acteurs de leur territoire

L’approche  par la maquette a permis une grande richesse d’échanges et donné lieu à une vraie exploration de la fonction et du quotidien des élus. Nous étions venus parler de formation mais nous avons appris beaucoup de choses sur le vécu et la réalité de la marge de manœuvre d’un élu au sein d’une équipe municipale, dans un écosystème d’acteurs, un territoire. La méthode d’enquête par la maquette, issue des méthodes du “design centré usager”, nous a permis de nous concentrer sur les besoins des élus et a confirmé leur importance et
leur diversité !

Ces entretiens ont mis en relief l’importance de la personnalité et de la dimension humaine de la fonction. Il y a mille manières de porter et d’incarner l’écharpe selon le temps que l’on peut consacrer à son mandat, sa proximité à la technicité des sujets, son ancienneté … mais aussi selon la personnalité de l’élu et son poids dans le collectif municipal … (“c’était plus facile de prendre des risques quand j’étais maire et pas adjointe”).

Le sujet de la transition place les élus qui en ont la charge dans une obligation d’argumentation et de leadership à construire et outiller, par sa technicité et sa transversalité, par les risques et incertitudes qu’il peut inviter à accepter, par les choix budgétaires qu’il peut conduire à supporter… Nombre d’entre eux ont ainsi évoqué la nécessité d’embarquer avec eux : leurs collègues élus pour obtenir des décisions du conseil municipal ; les techniciens des services pour mettre en œuvre les projets, de la collectivités mais aussi des syndicats de service qui opèrent pour les petites collectivités ; les habitants pour qu’ils s’impliquent et s’intéressent à la vie de la cité.

Cela suppose une capacité de conviction, d’argumentation sur laquelle plusieurs d’entre eux ont insisté, un besoin qu’ils sont allés combler dans des formations à la prise de parole en public par exemple, ou même de “communication non violente”. Demande d’aide à la construction d’argumentaires solides, de dispositifs pour créer de l’émulation et du collectif, de compétences techniques pour dialoguer avec les services, de mise à disposition d’exemples inspirants apportant la preuve de l’existence de solutions à portée de main…, les besoins sont en fait multiples.


À quoi ressemble une formation qui permet de constituer de la coopération ? 

Dans notre article précédent : Transitions, ça vous parle ? , nous faisions état de nos intuitions de la phase de veille : Et si ce qui était en transition, c’était le rôle des élus? Et si la transition passait par de nouvelles gouvernances ? Et si on allait vers des approches coopératives, dans lesquelles l’action publique s’articule avec les autres acteurs (locaux, privés …). Florilège de premières pistes, à chaud …

Lorsque nous avons entendu les élus formuler le besoin de “convaincre” et “d’embarquer”, de “dé-siloter” les services techniques, nous avons aussitôt nourri des idées de dispositifs à destination d’un groupe, ou qui permettrait une coopération. Comment former ce
collectif ? Comment faire en sorte que ce groupe ne soit pas que le club des convaincus, et entraîner les élus d’autres délégations (budget, participation, etc.), voire l’opposition ? Une élue témoignait : “Si je dois m’entourer pour un projet, j’appelle ceux avec qui ça marche déjà, quelques élus des communes voisines et des associations avec qui j’ai l’habitude de travailler”. Quels outils fournir à une élue ou un élu qui veut construire une dynamique collective ?

Des pistes pour construire la transversalité ont été évoquées. Adapter une Fresque du Climat au territoire pour construire une vision partagée et concrète des interdépendances entre les enjeux ? Et dans le même mouvement, entre les portefeuilles des élus ? S’inspirer des “classes d’eau” d’un syndicat de rivière évoqué par une élue : “on réunissait théorie et pratique, élus et techniciens sur un même sujet, c’était concret” ? 

Il nous apparaît dans tous les cas, qu’il faudrait un espace abrité, qui permettrait de poser sa casquette et d’échapper aux “effets de postures”. Et si, le rôle des élus à la transition écologique (ou au développement durable) était de participer à faire évoluer l’organisation autour de lui ? Pour faire alliance, pourrions nous imaginer des modules pour “faire un pont” : Transition et Finance ou Transition et Développement Économique ? Chacun se mettrait à la place de l’autre.

Il y a des enjeux démocratiques derrière ces constats. Nous avons beaucoup entendu que le/la Maire devait être inclus dans la formation, sans quoi il serait impossible que les projets avancent.  Mais paradoxalement, ceux qui ont le plus de poids ont le moins de temps !


Mais… “On n’a pas le temps !” – la tâche est immense et on ne peut pas faire cela sans vous 

“Le temps, c’est ce qui manque le plus aux élus. On court après le moindre petit bout de temps disponible. Il faut être à fond en permanence et pour celles et ceux qui ont une vie professionnelle en parallèle d’un mandat, c’est vraiment intense.”

Cette enquête nous a permis de constater de grandes différences entre les élus. Certains, retraités disposent de plus de temps quand les actifs en ont très peu. Selon leurs professions, leur mandat a aussi des impacts plus ou moins forts sur leurs capacités à dégager du temps. Par exemple, des élus qui exercent en libéral pourront dégager davantage de temps mais ce temps représentera une perte de rémunération puisqu’il s’agit de temps “non travaillé”, d’autres élus salariés posent des jours de congés qui sont autant de jours dont ils ne profiteront pas avec leurs proches. Il faut également évoquer le cas des nouveaux élus (50% de l’exécutif dans certaines collectivités) qui doivent souvent se débrouiller seuls pour comprendre le fonctionnement basique de l’administration, avec plusieurs temps de retard derrière les élus chevronnés. Enfin, comme évoqué précédemment, certains élus salariés demandent régulièrement des jours sans solde à leur employeur, ce qui représente également une perte de rémunération, du temps non cotisé alors qu’ils/elles exercent une activité pour le collectif. Leur engagement n’est donc pas uniquement temporel mais aussi financier et a des conséquences directes sur la sphère privée.

Toutes ces difficultés devraient encore s’accentuer durablement avec le désordre et les retards multiples occasionnés par la pandémie. Face à ce constat, il paraît impossible de demander aux élus de se mobiliser 5 jours consécutifs pour une formation. Il nous faudrait envisager des formats conçus à partir de leurs disponibilités : des formations égrenées dans le temps par exemple des immersions concentrées sur 2 jours, sur plusieurs samedis consécutifs ou sur des horaires décalés. On pourrait aussi imaginer des formats sous la forme de grands rendez-vous ou de conférences en local mais avec des intervenants venus d’ailleurs pour leur présenter des exemples inspirants. Au-delà des formats, certains élus se disent que devant la complexité des enjeux de transition il serait bon d’inscrire la nécessité de se former plus en amont, par exemple au cœur des chartes d’élus, des feuilles de route et des plans administratifs.

Notre enquête nous a également montré l’importance de l’échelle locale et notamment communale. Les élus veulent faire sur place et agir sur leur territoire ou en proximité avec celui-ci. “C’est la réalité de notre échelle, là où nous avons de l’impact.” Les propositions de formation “au-delà des frontières”, jouent, de façon ambiguë, presque le rôle de repoussoir. “Non merci les voyages aux quatre coins de l’Europe pour s’inspirer, on préfère aller voir ce qui se passe près de chez nous”. Pour autant, les élus plus expérimentés y voient, eux, un réel intérêt pour se consolider, rapporter des exemples inspirants, fédérer. Mais l’ailleurs n’est pas toujours si loin : ce peut aussi être la commune voisine, des villes en transition en France, etc.

Les élus sont en effet plutôt favorables et en demande de moyens pour prendre du recul, néanmoins dans un périmètre proche et sans y passer trop de temps car ils privilégient l’opérationnel et les actions concrètes sur leurs territoires. “Prendre de la hauteur, c’est bien mais attention à ne pas y passer trop de temps et à ne pas être trop nombreux (acteurs). On risque de se perdre un peu, de dériver et de partir dans tous les sens. Il doit nous rester du temps pour mener les actions qui doivent l’être à l’échelle de la commune.”

Ils plébiscitent le partage entre pairs, avec les élus des communes avoisinantes ou de leur intercommunalité et soulignent la volonté de travailler avec les voisins, avec des territoires proches des leurs qui ont des situations transposables. “Échanger avec les communes voisines, c’est très important car ça nous permet de partager nos expériences, de créer des liens et de mettre en commun des projets.”

Sur le plan des formats, les élus insistent sur la nécessité de ne pas tout faire en distanciel. “La relation avec les autres élus est primordiale, si on veut créer du lien, il faut se rencontrer vraiment pour pouvoir bénéficier de l’apport des temps d’échanges informels, le off en quelque sorte. Et puis, c’est très intéressant de voir ce qui se fait ailleurs.”

D’autres élues nous ont confié que “le fait d’être ensemble ailleurs ça comptait beaucoup. On gagnerait plus à faire 2 jours de formation dans un lieu que l’on ne connaît pas car on va faire du covoiturage et partager 1 ou 2 repas ensemble, plutôt que de se former 4 jours dans un lieu que l’on connaît tous.” Le résultat ne serait pas du tout le même car les synergies se créent aussi pendant ces temps de partage hors formation. Une autre élue a partagé avec nous une expérience de formation vécue avant de commencer son premier mandat et qui va aussi dans ce sens. “Pendant l’élaboration du programme de campagne, mon équipe et moi sommes allés faire une journée de formation à Loos-en-gohelle. Le fait de s’y rendre en groupe nous a rapproché et permis de nous positionner sur certains sujets. Le chemin pour y aller était tout aussi important que ce qu’on a vu là-bas”.

À la lumière de tous ces retours issus des discussions avec les élus rencontrés en entretiens, nous nous demandons comment ces “états de faits” impactent les questions de formation aux transitions. Cela ne touche pas uniquement le format des formations, mais aussi et surtout, le fond. Il nous paraît impossible de construire un projet “démonstrateur” sans y consacrer du temps en équipe, sans mettre tous les acteurs autour de la table (élus, agents des services financiers ou techniques, habitants) dans une démarche de co-construction, sachant que ces démarches sont plus chronophages car elles demandent des temps de pédagogie, de débat et d’ateliers. Il nous semble donc important de remettre en corrélation la promesse des formations au regard du temps que les élus et ceux qu’ils/elles embarquent à leur côté peuvent y investir réellement, au risque de sur-promettre et d’avoir ensuite un effet déceptif de ces démarches de participation qui nuirait au travail en équipe et à l’investissement citoyen.


Comment activer les potentialités existantes des projets (mais sans tomber dans le coaching individuel ou l’AMO) ? 

Ne réinventons pas la roue. Il s’avère que les élus interrogés ont déjà de multiples manières de se former : les médias, les lectures personnelles, les réseaux  sociaux spécialisés (par exemple IdealCo), mais aussi des organismes comme l’ALEC, l’Ademe, l’Association des Maires Ruraux ou les partis politiques comme EELV. Certaines collectivités ont même des pratiques exemplaires d’auto-formation et de formations pair à pair. Comment articuler ce qui sera proposé avec ce qui existe ? Et où s’arrêter dans le sur mesure ?

Attention, en empruntant les routes évoquées plus haut, la frontière entre formation et la mission Assistance à Maîtrise d’Ouvrage s’amincit. Quand est ce qu’on aide à faire et quand est ce qu’on fait à la place de ? Qu’il s’agisse d’animation de groupe, de coaching … le mot formation deviendrait il enfermant ou au contraire nous sert-il de filet de sécurité ?

Avant d’entamer l’immersion nous avions l’idée que les formations aux transitions seraient potentiellement des formations aux coopérations. À travers les rencontres, les élus nous ont exprimé leur besoin de “fédérer autour des projets”, de “convaincre efficacement” les autres élus, techniciens, acteurs, habitants. Nous entendons le besoin d’être outillé pour construire du collectif, réinterroger sa place et posture, amener des espaces de réflexivité …

Nous allons maintenant poursuivre notre phase d’immersion : en route vers d’autres territoires et d’autres élus qui voudront se prêter au jeu d’explorer avec nous les formations fictives de nos maquettes et challenger les enseignements de cette première phase d’enquête.

 

Auteur.e.s :
Nicolas Laruelle, urbaniste, département environnement urbain et rural à l’Institut Paris Région
Anne-Claire Davy, chargée de projet Habitat et modes de vie, département Habitat et Société à l’Institut Paris Région
Mathilde François, agronome, conseil en coopérations territoriales au sein de l’agence Partie Prenante
Emeline Lavocat, designer à La 27e Région

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Enquête à la rencontre des (vrais) élus : la méthode … https://deformations.la27eregion.fr/enquete-a-la-rencontre-des-vrais-elus-billet-1-la-methode/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=enquete-a-la-rencontre-des-vrais-elus-billet-1-la-methode Wed, 16 Dec 2020 16:42:31 +0000 http://deformations.la27eregion.fr/?p=341 Mi-décembre 2020, un premier temps d’immersion collective auprès d’élus de l’ouest de l’Essonne a fait entrer de plain-pied l’équipe du programme (Dé)formations dans la phase d’enquête collaborative destinée à réinterroger les objectifs, les formats et les contenus de formation des élus périurbains et ruraux aux transitions. Trois jours qui ont permis à une quinzaine d’entre nous de rencontrer plus d’une vingtaine d’élus aux profils très divers – anciens ou nouveaux, actifs ou retraités, de villes ou de villages, que l’ALEC (agence locale énergie climat) Ouest-Essonne, mais aussi la Communauté d’Agglomération de Paris-Saclay et la communauté de communes du Dourdannais nous avaient très utilement aidés à identifier, à mobiliser et à contacter. Nous avons mené ces entretiens au cours d’un sprint intensif de 3 jours en décembre. Pour chacun d’entre eux, nous étions 4 à 5 représentants des partenaires du projet face à un.e ou plusieurs élu.e.s. Entre chaque entretien, nous prenions un temps pour échanger et débriefer entre nous.


L’immersion “à distance”, c’est possible ?

En raison du confinement, l’essentiel de cette phase d’immersion s’est déroulée à distance, même si nous avons tenu à ce que deux d’entre nous soient présents physiquement au siège de l’Alec Ouest Essonne à Palaiseau pour la séance de lancement. Nous avons été surpris de découvrir que ce format particulier présentait quelques avantages : l’économie du temps de déplacement entre les entretiens qui nous a permis d’assister plus nombreux à chacun d’eux et de renforcer nos références communes, la possibilité de réunir pour le même entretien des élus de zones géographiques diverses (périurbaine et rurale) sans contrainte supplémentaire de déplacement pour eux, ou encore s’installer virtuellement à quatre au coin de la cheminée d’une élue par une fin d’après-midi d’automne. En revanche, nous avons aussi certainement manqué les informations sensibles ou apparemment sans importance mais souvent clé que l’on glane quand on prend un café en face de la mairie ou qu’on est raccompagné sur le perron par un élu.


Une enquête par la maquette, toute une aventure ! 

Pour aller à la rencontre des élus et identifier avec eux leurs besoins de formation, nous avons choisi de nous appuyer sur une méthode issue du design, l’enquête “par la maquette”. Il s’agissait de leur soumettre plusieurs propositions de formations fictives et de leur demander de réagir aux contenus, formats, promesses de 3 plaquettes très différentes en termes : de rythmes et durée, de contenus , de casting, etc … Ces maquettes ont été bâties sur la base des enseignements de notre première phase de benchmark et de croisement de nos expériences (lien vers les trois premiers articles).
Les hypothèses que nous avons tirées de ce travail ont été traduites en proposition de formation sur laquelle nous avons forcé le trait de grandes tendances : 3 promesses bien différentes, formation trèèèès longue (1 ans) ou express, en ligne ou immergée sur un ou plusieurs terrains, diverses configurations de participants, etc.

Nous avons ainsi abouti à 3 maquettes de programmes de formation :
“Prioriser vos défis”, proposant aux élus d’une même intercommunalité de définir ensemble, sur un menu de 15 thématiques en lien avec des enjeux de transition, leurs 5 sujets prioritaires ; ils travailleront chacun des modules en ligne pour aboutir à 5 feuilles de route.
Écouter la présentation de la formation Vous avez promis la lune, c’est le moment d’être plus précis” ici

“Construire un projet démonstrateur”, proposant aux acteurs d’une même commune (élus avec leurs interlocuteurs clés) une formation “commando” pour faire démarrer un projet clé et emblématique de leur engagement dans la transition. Elle offre un accompagnement méthodologique et thématique d’une semaine, embarquant les acteurs du territoire.
Écouter la présentation de la formation “Vous avez dit être prêts, c’est le moment d’y aller!”  ici

“Prendre de la hauteur”,
invitant les élus à une année de rendez-vous réguliers de 2 jours entre pairs élus issus de différents territoires pour s’inspirer de témoignages d’experts, des visites de terrains et voyages d’études en France et en Europe.
Écouter la présentation de la formation Vous avez promis d’ouvrir les possibles ? c’est le moment de prendre de la hauteur!” ici


Un fil de discussion pas à pas …

Chacune de ces propositions a été déclinée en divers supports destinés à les rendre les plus concrètes possible : une carte à réaction résumant le parti pris de la formation et sa promesse, un témoignage sonore fictif d’élus ayant suivi la formation et enfin une plaquette détaillant le programme, le calendrier et les intervenants de la formation. L’ensemble de ces éléments formant un kit d’enquête a été adressé en amont aux élus, avec pour consigne de ne pas les ouvrir avant l’entretien d’enquête, et une plateforme en ligne.

Les élus ont découvert ces formations progressivement : via l’écoute des témoignages d’élus, puis en prenant connaissance des cartes à réaction de chaque formation, et enfin via la maquette plus approfondie de la formation qui avait recueilli leur préférence. À chaque étape, ils ont été invités à réagir spontanément, à nous livrer leur compréhension et réception de ces supports, à nous dire si ces propositions leurs semblaient réalistes, susceptibles de correspondre à leurs besoins et pourquoi.

L’exercice a été très riche, et nous avons pu constater la pertinence du prétexte à discussion fourni par ces maquettes. Les témoignages sonores de nos “faux élus” ont été très utiles pour rompre la glace en début d’entretien et ont permis aux élus interrogés de se projeter plus facilement dans les différentes propositions. Ces supports ont ainsi suscité des réactions contextualisées, directement liées aux contraintes d’agenda, aux marges de manœuvre et attentes immédiates des élus.

S’agissant d’un exercice réalisé “en chambre”, à l’issue d’ateliers de co-construction entre les représentants de l‘équipe du projet “(Dé)formations”, elles ont aussi révélé nos propres représentations sur les attendus de la formation des élus et quelques effets de “jargons” professionnels ; autant d’implicites auxquels les réactions de certains élus face aux maquettes nous ont confrontés. Coté vocabulaire certaines expressions ne faisaient pas écho pour eux, voire ont irrité, considérant qu’ils n’attendent personne pour “entrer en immersion », faire “atterrir » la transition ou pour “construire une posture d’élu”… et que certaines formules utilisées relevaient d’un “langage de Parisiens”, car “on ne parle pas comme ça ici”…

Auteur.e.s :
Nicolas Laruelle, urbaniste, département environnement urbain et rural à l’Institut Paris Région
Anne-Claire Davy, chargée de projet Habitat et modes de vie, département Habitat et Société à l’Institut Paris Région
Mathilde François, agronome, conseil en coopérations territoriales au sein de l’agence Partie Prenante
Emeline Lavocat, designer à La 27e Région

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Transitions, ça vous parle ? https://deformations.la27eregion.fr/transitions-ca-vous-parle/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=transitions-ca-vous-parle Thu, 05 Nov 2020 09:29:18 +0000 http://deformations.la27eregion.fr/?p=301 (Dé)formations projette de former les élus d’Ile-de-France aux “transitions”, qu’elles soient écologiques, économiques, sociales ou citoyennes. 

La première phase du projet doit permettre, au travers d’une enquête collaborative, de préciser la façon dont nous aborderons cet enjeu des transitions dans les propositions de formation que nous livrerons. Nous irons chercher les points de vue d’élus, de leurs collaborateur.rice.s, d’acteurs locaux franciliens : comment se positionnent-ils par rapport à cette notion? Quels récits en font-ils? Comment la décline-t-il concrètement sur leur territoire et dans leur projet de mandat, quelles sont leurs difficultés également sur le sujet?

Pour préparer l’enquête, nous cherchons à définir des partis pris que nous confronterons au regard de nos interlocuteurs. L’équipe a donc organisé des temps de veille documentaire partagée  –les grandes brasseries et les petites brasseries. Il s’agissait de présenter et de débattre des principaux résultats d’expérimentations, de recherches et d’autres travaux récents sur les thématiques « transitions, élus, élus dans les transitions ». L’objectif est de partager, pour chacun des thèmes, les enseignements, les résultats et la façon dont ces démarches pourraient nous inspirer dans le cadre de (Dé)formations.


Premier constat : la connaissance des élus sur la thématique transition est très hétérogène.
 

Les élus vont s’interroger sur les changements induits par la transition dans leur champ de compétence (par exemple les déchets pour l’élu à la propreté, la rénovation énergétique pour l’élu en charge des bâtiments communaux). Mais rares sont ceux qui ont une approche transversale, qui abordent la question dans sa dimension systémique et de relation au territoire. De plus, comme la transition est souvent dans le champ de compétence de l’intercommunalité, l’élu local peut se sentir dépossédé. Or construire une culture commune est un pré-requis, notamment entre l’intercommunalité, qui pourrait jouer un rôle de mutualisation sur ce sujet, et les communes.


Second constat : la « transition » est un énorme chantier ; impossible pour un élu de faire seul avec son administration.
 

Il est nécessaire d’associer les citoyens, les associations, les entreprises. Loin de l’image d’épinal de l’élu omniscient, la transition invite à la modestie… Le rôle de l’élu est celui d’un chef d’orchestre, avec toutes les questions que cela pose : comment concilier le conseil de transition locale, lorsqu’il existe, avec la représentation du conseil municipal ? Quelle légitimité de l’instance politique par rapport à l’instance citoyenne ? etc.

Les travaux de Tanguy Le Goff[1] sur les villes petites et moyennes des franges de l’agglomération parisienne rappellent qu’il est nécessaire de prendre en compte les singularités des territoires au sein de la région capitale. Territoires d’élection des ouvriers et des salariés (tendance qui s’explique par l’histoire industrielle et par le prix du foncier dans ces territoires), la transition écologique dans ces villes petites et moyennes des franges franciliennes devra nécessairement inclure une dimension sociale. C’est une condition de son acceptation et de son appropriation par les ménages modestes et dépendants à la voiture qui y habitent. Dans ces territoires, les études soulignent d’importantes dynamiques de densification initiées par la planification (PLU). Pourtant ces 10 dernières années ces orientations ont eu peu de traduction opérationnelle. En cause, sans doute le temps long des politiques publiques. Cela veut dire que le changement ne peut s’appuyer seulement sur la planification mais doit passer par d’autres leviers : projets urbains, services…

Cette dimension systémique des transitions ressort également des travaux de Nicolas Laruelle sur les “hauts lieux” de la transition socio-écologique en Ile de France. Il s’agit de lieux délimités et concrets où se concentrent, dans un carré d’1 km sur 1 km, des innovations écologiques, économiques ou climatiques. Les usages des hauts lieux sont multiples : démonstrateurs, pour nourrir d’autres initiatives ; laboratoires pour analyser les transitions ; polarités urbaines d’un type nouveau, etc. Une part non négligeable de ces hauts lieux sont situés dans des territoires ruraux : donc oui, la transition s’invente aussi dans les villages ! En termes de conduite du changement, ce qui fait sens n’est pas la proximité géographique mais la proximité organisée qui suppose que les acteurs, dont les élus, organisent cette proximité : c’est une condition pour que l’innovation « prenne ». On retiendra enfin la diversité des formes d’innovation (forgées par la coopération, produites par le conflit, etc.) qui y sont observées.


Et si ce qui était en transition, c’était aussi le rôle des élus?

C’est en tout cas le questionnement qui ressort de la note de Manon Loisel et Nicolas Rio “A quoi servent encore les élus après les “Gilets Jaunes”?”, invitant à ‘revoir la fiche de poste des élus’. Le point de départ est le constat d’un double malaise, celui des élus locaux – on a beaucoup parlé du burn out d’élus et de pénurie de candidats pour les municipales –  et des citoyens et consultants – sur la place occupée par les élus dans l’action publique où : on n’arrive jamais à les mobiliser, à leur donner leur juste place, entre élu sauveur et élu obstacle…

Si notre “besoin d’élus” persiste, il se transforme, et il faut aider les élus à mieux comprendre et occuper leur rôle, et la raison pour laquelle on a besoin d’eux ici et maintenant. Une conviction : ne pas ajouter de nouvelles injonctions (notamment sur les transitions) mais aider les élus à naviguer parmi l’ensemble des injonctions, et permettre à ceux qui travaillent avec eux de ne pas être producteurs de nouvelles contradictions. La réflexion souligne enfin qu’une des principales compétences à développer pour les élus est la capacité à coopérer.

La transition passe-t-elle donc par de nouvelles gouvernances ? C’est en tout cas l’hypothèse posée par le mouvement des communs : face aux défis sociaux, environnementaux, etc. auxquels nous devons faire face, l’acteur public ne peut plus être le seul dépositaire et garant de l’intérêt général. Il doit forger de nouvelles alliances avec acteurs locaux, société civile, acteurs privés, etc. Dans le cadre du projet Enacting the commons, la27e Région et ses partenaires ont exploré dans différents territoires européens, les formes et les modalités de ces nouvelles gouvernances : pactes de collaborations entre la ville et les habitants pour le soin de la ville à Bologne, plan pour faciliter l’occupation temporaire et la coopération entre les acteurs locaux à Gent, alliance acteurs publics de la région de Manchester au service d’une économie inclusive sur le territoire, etc. Ces approches, si elles s’appuient entres autres sur de nouveaux “contrats” et mécanismes juridiques, reposent également sur une évolution de la posture de l’acteur public. L’élu, s’il doit incarner une vision de transformation, doit également se faire intermédiateur, animateur des parties prenantes et de leurs intérêts divers, saisir le conflit comme un facteur de transformation.


De nouvelles méthodes et modes de faire ?

Notre tour d’horizon nous a enfin permis de souligner des modalités de travail à tester par et avec les élus. L’expérience du projet Villages du Futur, porté par la 27e Région, souligne par exemple la vertue d’une approche collective, la multiplicité des formats déclenchant également de nouveaux impacts. Se projetant ensemble, 14 petites communes rurales du Morvan ont souhaité répondre à leurs difficultés en termes de désertification administrative et de services par des logiques de coproduction et de co-concertation ; habitants, élus, experts en appui des acteurs locaux -centres sociaux, collèges, groupements de producteurs-, ont réfléchi et travaillé ensemble pour produire la feuille de route du village pour les 5 à 10 ans qui viennent. La dimension d’enquête collective du projet a par exemple pris la forme de formation et de sensibilisation pour les élus, les agents, les habitants qui apprenaient collectivement à se saisir d’enjeux collectifs. Le projet a également souligné l’importance de confronter grands principes, injonctions régionales et vie du terrain, et l’intérêt d’une approche par le local.

L’expérience du projet Enacting the commons et de ses voyages d’étude en Europe croisant agents et élus de différentes collectivités françaises, a montré l’intérêt d’un format immersif sur plusieurs jours : les personnes présentes sont disponibles pour produire ensemble, la dimension d’entre-apprentissage et de regard d’ailleurs jouent le rôle de catalyseur.

Finalement, ce travail de veille a conforté notre intuition initiale : la spécificité de nos formations sera moins dans la thématique (les transitions) que dans la manière de s’en saisir. Autrement dit, l’essentiel est dans la manière de conduire l’action publique locale, de construire la place des élus et des acteurs publics dans ces transitions.

[1] « Les villes petites et moyennes des franges de l’agglomération parisienne : nouveaux refuges ?», L’Institut Paris Région, 2019 et « Villes des franges de l’agglomération parisienne. Être plus qu’une simple campagne à Paris », note rapide de l’Institut, 2019


Auteures
 :
Brigitte Guigou, sociologue urbaniste, chargée de mission formation et partenariat recherche, Institut Paris Région
Sylvine Bois-Choussy, Cheffe de projet à la 27e Région
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À quoi faut-il former les élus ? https://deformations.la27eregion.fr/deformations-article-2/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=deformations-article-2 Fri, 04 Sep 2020 16:58:56 +0000 http://deformations.la27eregion.fr/?p=179 Faut-il former les élus, et si oui, sur quoi et comment ? La question est au cœur du projet « (Dé)formations »Durant 2 ans l’équipe va interroger, via une enquête collaborative et des expérimentations, les objectifs, formats et contenus des formations pour les élus des territoires péri-urbains et ruraux franciliens confrontés à un contexte de défiance citoyenne et de transitions écologiques, économiques, sociales, démocratiques. L’objectif est d’imaginer des formats et contenus innovants pour leur donner envie de participer à des formations.


Des élus en mal de formation ?

Les élus, particulièrement ceux de communes  périurbaines ou du rurales, collectivités dotées de services modestes, se forment peu. Comment expliquer cet échec de la politique de formation des élus, alors que les besoins sont là, et que des dispositions législatives ont été mises en place pour favoriser la constitution d’un marché dédié ?

Un rapport récent de l’IGA/IGAS explique ce paradoxe par des dysfonctionnements dans l’offre de formation pour les élus. Trop standardisée, insuffisamment différenciée selon les étapes du mandat, l’offre actuelle répond bien aux besoins de connaissances technique, juridique, institutionnelle mais moins bien à l’enjeu de réinvention de la fonction d’élu local ou à l’apprentissage de la coopération, souligné par exemple par nos collègues de l’agence Partie Prenante, eux aussi embarqués dans le projet. 

Comment par exemple accompagner les élus locaux pour clarifier, en binôme avec leur administration, ce qui ressort de la fonction politique et ce qui relève de la fonction technique ? Comment les aider à répondre aux attentes, et parfois aux impatiences, des citoyens qui souhaitent davantage de participation ? Comment, au-delà d’une approche juridique de la répartition des compétences entre commune et intercommunalité, mieux définir la place de l’élu dans un partage plus collectif des rôles ? Ces questions méritent d’être, davantage qu’elles ne le sont aujourd’hui, au cœur des formations élus. 


Un tour d’horizon pour démarrer

Première étape du projet, un travail de veille collective: nous avons repéré et analysé différentes démarches apprenantes et inspirantes à destination des élus, et sur des sujets liés aux transitions: formations proposées par des organismes labellisés ou démarches non labellisées, payantes ou gratuites, initiées  par différents types d’acteurs : associations, universités, organismes publics, collectivités locales… Au total, une quarantaine d’exemples… L’analyse de cette offre montre une grande variété, et une grande richesse, dans le public cible, dans les contenus, les orientations pédagogiques, les formats.


Quels élus cibler ? 

Notre benchmark montre que ce ne sont pas seulement les élus convaincus ou en charge de la compétence transition qui sont visés par ces offres, mais plus largement l’ensemble des élus, via par exemple des journées de sensibilisation ou d’acculturation sur le sujet…. Pour notre équipe DéFormations, l’idée est bien de mixer les publics, y compris dans  la constitution des groupes de participants aux formations. 

Notre tour d’horizon nous a permis de repérer des exemples de formats dédiés pour les élus ! Nous avons exploré des formations spécialement dessinées pour eux : celles labellisées en France  par exemple par le CEDIS ou l’IFET, mais aussi à l’international, avec par exemple l’Ecole des Maires de grandes métropoles mondiales rassemblés par Bloomberg Philanthropies et l’Université de Harvard (quoique celle-ci s’appuie également sur les technicien.ne.s et conseiller.e.s proches de ceux-ci). D’autres proposent des formats plus hybrides entre élus, techniciens, associations, société civile. C’est le cas des DDTour dont le but est de découvrir et de s’inspirer de pratiques exemplaires du Développement Durable, via une visite de site ou de territoires en transition, ou, dans le cadre de la préparation d’agendas 21,de  la formation action de 6 modules sur les circuits courts alimentaires proposé par l’AREC, à destination de collectivités péri-urbaines. Nous adresser à des binômes élus/ autres acteurs nous permet de miser sur l’intelligence collective et la confrontation des points de vue.


Comment former des élus?

 Se pose aussi la question du « comment former ? »,  quelles modalités pédagogiques privilégier ? Là encore, une grande variété de méthodes, des plus classiques fondées sur des méthodes d’apprentissage descendantes où des experts délivrent des connaissances, aux plus originales. Certaines, s’appuient sur le principe « les élus parlent aux élus » : mentorat entre élus (relation interpersonnelle de soutien, d’entraide et d’échanges entre une personnes d’expérience et une autre qui a des compétences à acquérir), groupes d’échanges de pratiques, visites de territoires ou de sites pour donner à voir concrètement et en situation la façon dont des élus et leurs équipes construisent leur projet. 

Certains outils permettent de mettre les élus au travail en leur donnant des objectifs de production bien identifiés, par exemple la réalisation d’une enquête collaborative ou la participation à des ateliers, par exemple la démarche sur l’environnement de travail des élus menée par la 27ème région.  Pour notre projet, ces différentes options seront testées dans le cadre de l’enquête puis des expérimentations, afin de voir jusqu’où il est possible d’innover, de pousser par exemple le travail collectif ou l’immersion. D’autres questions restent ouvertes : par exemple, quels formats (court/ long ; compact/ diffus…) sont les mieux à même d’être mobilisés par les élus? 

Ce travail de veille documentaire et de benchmark sur les formations, qui sera complété au fil du projet, a été enrichi par une veille documentaire sur le thème des transition(s). Nous y reviendrons dans un prochain article du blog.

 

Auteures :
Brigitte Guigou, sociologue urbaniste, chargée de mission formation et partenariat recherche, Institut Paris Région
Sylvine Bois-Choussy, Cheffe de projet à La 27e Région

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(Dé)formations : une histoire qui commence en février 2019 https://deformations.la27eregion.fr/deformations-une-histoire-qui-commence-en-fevrier-2019/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=deformations-une-histoire-qui-commence-en-fevrier-2019 Fri, 05 Jun 2020 09:37:42 +0000 http://deformations.la27eregion.fr/?p=306 Comment l’Institut Paris Région, la 27e Région et leurs partenaires – Partie Prenante, Pratico-Pratiques – en sont-ils venus à lancer ensemble le programme (Dé)formations, destiné à repenser la formation des élus aux transitions ? L’histoire débute début 2019 et alterne ateliers de travail et littérature spécialisée, comment autant de travail préparatoire. Petit rappel pour celles et ceux qui rejoignent l’aventure.


Rappel chronologique

31 janvier 2019 : Premières discussions entre la Région Ile-de-France, l’Institut Paris Région et la 27e Région

15 Avril 2019 : parution du dossier « Le printemps des maires » dans la revue Horizons Publics

15 Mai 2019 : atelier « Elu local : mission impossible ou métier à repenser ? » à la Halle Superpublic

7 Juin 2019 : atelier « Apprendre en tant qu’élu » aux Molières


Février 2019 : la genèse 

Derrière tout nouveau projet, il a un préambule, une « histoire dans l’histoire ». Celle du programme (Dé)formations débute en février 2019, quand l’Institut Paris Région et la 27e Région se voient proposés par la Région Ile-de-France de rejoindre le consortium mis en place pour candidater à un appel à projets TIGA lancé par l’État. Dans la foulée, des contacts sont également pris avec des collectivités franciliennes (commune des Molières, Champagne sur Seine) et une idée fait son chemin : inclure dans la candidature un programme un travail exploratoire sur le thème de la formation des élus aux transitions écologiques, démocratiques et sociales. 


Des motivations multiples, un projet commun

Cet enjeu intéresse l’Institut Paris Région, qui souhaite non seulement repenser son catalogue de formation destiné aux élus, mais aussi faire l’apprentissage de nouvelles approches expérimentales. Il intéresse aussi la 27e Région qui peine à associer les élus dans ses programmes expérimentaux. Quant à la Région Ile-de-France, elle porte un intérêt tout particulier pour les élus des petites communes rurales franciliennes et souhaite que des offres de formation soient pensées pour eux.


Un dossier dans la revue Horizons Publics

La suite s’écrit dans une publication spécialisée. En avril 2019, la revue Horizons Publics titre sur « Le Printemps des maires » et leur consacre un dossier. Le journaliste Franck Beau y décrypte les raisons pour lesquels 5 000 élus seulement se forment chaque année sur les 600 000 en poste : manque de temps ou de moyens, problème de délai et de rémunération pendant la formation, offre de formation insuffisante absence de volonté politique, etc. 


Former les élu-es, d’accord… mais qu’attendons-nous d’eux/elles ?

Dans le même dossier, les consultants-chercheurs Nicolas Rio et Manon Loisel s’interrogent sur la « mission impossible » qu’est devenue la fonction d’élu-e local-e en période de fortes tensions démocratiques et sociales. Ils proposent de mener un débat collectif sur la « fiche de poste » de l’élu local : Quelle type d’expertise attendons-nous d’eux ? Comment souhaite t-on le voir arbitrer les décisions ? Qu’attendons-nous des élus sans fonctions exécutives de la majorité mais aussi de l’opposition ? Ou encore, comment évaluer l’action des élus locaux ? Le 15 mai 2019, ils font plancher sur ces questions une cinquantaine de participants réunis en atelier à Superpublic avec la revue Horizons Publics, l’AMRF (Association des maires ruraux de France), Vraiment Vraiment et La 27e Région.


Apprendre lorsque l’on est élu-e

Fort des indices réunis durant cette session, c’est au tour de la 27e Région et de l’Institut Paris Région de programmer un temps de travail le 7 juin avec un groupe d’élus du nord de l’Essonne, dans la commune des Molières. Les participants sont invités à cartographier précisément leurs sources d’inspiration, de sensibilisation et de formation : du plus formel (par exemple un séminaire de formation) au plus informel (bouche à oreille), de la sphère publique (le conseil municipal) à la sphère privée (conjoints, proches), et du plus local au plus international. Les résultats indiquent des modalités d’information très variées. Beaucoup témoignent s’inspirer dans leurs proximités, lors des visites de terrain, de rencontres avec les habitants, dans les échanges avec leur proches. Mais tout un pan d’information vient de l’internet, ainsi que du visionnaire de films et de documentaires (« Demain » de Cyril Dion, par exemple).


Le début d’une aventure 

Depuis toutes ces rencontres, les mois ont passé. La réponse positive des services du Premier Ministre est arrivée le 13 octobre 2019, et les mois suivant ont vu naitre l’association porteuse du projet « « Construire au futur, habiter le futur », et bravant la pandémie du Coronavirus, le programme a été lancé officiellement par Valérie Pécresse le 2 juillet 2020. Une histoire à suivre dans nos prochains billets !


Auteur
: Stéphane Vincent, Délégué Général, La 27e Région

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